Bienheureuse Eugénie, parle-nous de l'enfance spirituelle
Chapitre 7
Est-il donc extraordinaire que l’Époux veuille parler à son épouse ?
A partir de la fête du Sacré-Cœur 1902, Sœur Eugénie Joubert semble avoir reçu un don spécial d’amour et d’intimité avec Jésus.
Elle est fort discrète sur ses « visites » du Seigneur qu’elle expérimente sous un mode sensible.
C’est tout de même assez déroutant pour qu’elle se trouble et se confie à sa supérieure Mère Marie-Ignace. Celle-ci la rassure et lui demande de mettre par écrit ces échanges spirituels. Ceci nous vaut la grâce de nous mettre avec elle à l’école des conseils divins.
Son journal nous permet en effet de lever un peu le voile sur son rapport d’amour avec Jésus, qui va en s’approfondissant.
Il est bon de préciser qu’à la même époque (mars 1902), notre bienheureuse est victime d’un premier et soudain vomissement de sang, jugé sans gravité par le médecin. En juin 1902, lors de la Fête-Dieu, elle est totalement épuisée et le médecin constate que ses poumons sont gravement atteints. Elle est transférée à l’infirmerie du monastère et commence une nouvelle vie qui la tient bien souvent à l’écart de ses sœurs. C’est dans ce contexte que s’établit entre Jésus et sœur Eugénie un dialogue intime dont nous allons citer de larges extraits.
Pour éduquer la jeune sœur à l’enfance spirituelle, Jésus l’invite à une grande confiance et lui fait découvrir combien notre défiance blesse son Cœur si aimant.
En la fête de Saint Jean l’Évangéliste en 1902, un grand désir lui vient d’approcher du Cœur de Jésus et d’entendre comme l’Apôtre bien-aimé les battements de ce divin Cœur :
« Viens, mon enfant, lui répond Jésus, c’est moi qui te parle, moi ton Dieu, ton Époux. Pourquoi craindre encore ? Ne suis-je pas toujours infiniment bon, aimant, puissant, miséricordieux ? Ne sois pas effrayée : le cœur à cœur avec moi purifie, sanctifie ; il est divin et divinise l’âme… Oublie-toi : regarde du côté de toute pureté, laisse-toi ravir par ma beauté, mon amour. »(SEJ Page 165)
Jésus invite également celle qu’il appelle « son enfant » à s’abandonner.
Face à ce que sa conscience peut lui reprocher, Il lui parle de sa si grande Miséricorde.
Maintenant, la voie est ouverte ; c’est le plus souvent sous forme de paroles intérieures, très précises du reste, que lui arrivent les grâces d’en haut. Ce sont des colloques intimes, fréquents et touchants qui s’établissent entre Jésus et elle :
— « Mon enfant, lui dit-Il un jour, laisse-moi faire en ton cœur ce que je veux : abandonne-toi sans plus de raisonnements.
— Oui, Jésus, je le veux de toute mon âme, répond Sœur Eugénie ; seulement devant tant de bonté, tant d’amour, je demeure effrayée… Vous savez bien que je vous ai offensé, vous savez bien que j’ai gaspillé, en m’arrêtant à ce qui n’était pas vous, les richesses de mon cœur… Je ne suis que poussière et péché…
— De toute éternité, j’ai vu tes fautes, tes infidélités, et je t’ai aimée. Ne suis-je pas libre d’aimer ta misère, ton néant ? Non seulement je te pardonne, mais j’oublie tout, voulant que désormais tu ne penses plus qu’à l’amour… »
(SEJ Page 166)
Et le colloque se poursuit, appelant confiance entière, abandon complet au Cœur de Jésus.
La confiance semble rester le lieu de bien des combats. Jésus exhorte de nouveau son épouse. Il veut lui apprendre à aimer, mais il sollicite son abandon confiant !
Remarquons également la simplicité d’enfant et l’humilité avec laquelle notre petite sœur pose ses questions à Notre-Seigneur.
« Tu as encore peur de moi, et tu m’empêches de faire ce que je veux. L’accomplissement de ma plus petite volonté m’est plus agréable et me procure plus de gloire que ne le pourrait faire le salut du monde entier accompli par un mouvement de la volonté propre. C’est seulement quand tu feras toi-même parfaitement ce que je désire, que j’accomplirai, moi aussi, tes volontés. »
Mais lorsque commencent ces grâces nouvelles, combien Sœur Eugénie craint d’être trompée ! Elle-même s’en explique avec Notre-Seigneur dans l’un des dialogues :
—« Mon Dieu, dit-elle, je crois en votre amour, mais permettez-moi de vous dire encore quelque chose. Vous savez combien je crains de tomber dans l’illusion, combien j’ai peur de l’extraordinaire !… Je veux aller à vous par la voie la plus commune, faire tout comme mes Sœurs, penser comme elles, et ne rien faire de ce qu’elles ne font pas.
— Oh ! mon enfant, répond Jésus, jusques à quand refuseras-tu de te rendre à ce que je te demande ? Est-il donc extraordinaire que l’Époux veuille parler à son épouse, la mère à son petit enfant (bien que celui-ci ne la comprenne pas), l’ami à son ami ? Ne serait-ce pas plutôt le contraire qui serait extraordinaire ? Laisse-toi emporter par le souffle plein de force et de douceur du Saint- Esprit, comme le grain de poussière du chemin est emporté par le souffle le plus léger. Si tu m’aimes véritablement, tu seras toujours contente de mes plus petites volontés ; alors je me montrerai à ton âme, j’y viendrai avec le Père et le Saint-Esprit, je t’apprendrai à me trouver partout, à m’aimer en tout. »
(SEJ Pages 167 168)
Le Divin Maître donne de très précieux conseils pour être fidèle grâce à l’enfance spirituelle :
— « Mon Dieu, répond Sœur Eugénie, dis-moi comment dans la douleur, je puisse être sûre de t’être fidèle…
— Avec la croix, J’accorde toujours la grâce suffisante et même surabondante pour la porter. Mais si tu veux un moyen efficace pour être fidèle dans la souffrance, suis la pratique de l’enfance spirituelle. Sois petite avec moi, dans la peine, dans la souffrance, dans la lutte, dans l’oraison, sois petite, obéissante et te laissant diriger, supportant tout avec joie et avec amour. »
(JVPJ Pages 34)
Encore un trésor à méditer pour ne pas nous décourager dans la prière :
Un matin, elle ne peut prier :
— « Mon Dieu, dit-elle, me voilà en votre présence ; depuis plus d’un quart d’heure, je suis là devant vous, comme une statue, sans trouver une parole à vous dire, sans même pouvoir faire un acte d’amour : tout est sec, froid, impuissant dans mon cœur. Venez, Jésus, ayez pitié de ma misère, faites en moi ce que je ne sais pas faire. »
Et Jésus de répondre :
— « Pourquoi, mon enfant, trouver mauvais ce que moi, je trouve bon ? L’oraison de souffrance et de sacrifice m’est plus agréable que la contemplation. Embrasse avec le cœur ma volonté, quelle qu’elle soit : voilà la meilleure, la plus parfaite oraison. J’aime tant me faire chercher, appeler, désirer par le cœur qui m’aime ! Si, pendant l’oraison, il persiste à prier, à avoir confiance, à s’abandonner à mon amour, je viens au moment où l’âme s’y attend le moins… C’est l’arrivée de l’Époux au milieu de la nuit : voilà pourquoi la lampe, c’est-à-dire le cœur de l’épouse, doit toujours être prête pour l’oraison. »
Un autre jour, elle dit naïvement :
— « Jésus, c’est bien facile d’aller à vous quand vous faites sentir ainsi la douceur de votre présence ; mais quand vous disparaissez, dans la tentation, la souffrance, tout est froid, tout est sec, et je ne puis plus rien.
— Je parle toujours à l’âme fidèle, répond Jésus, et mon silence lui-même est un enseignement. »
(SEJ Pages 172 173)
Chacun de ces enseignements du Seigneur est semblable à une perle précieuse. Par une lecture priante de ces perles, le Divin Maître nous fera grandir nous aussi dans l’enfance spirituelle !
Rendez-vous en octobre un nouveau chapitre …
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Programme complet de la célébration
du 30ème anniversaire de la béatification de Soeur Eugénie Joubert
du 15 au 24 novembre 2024 à Yssingeaux
Article paru dans le magazine l’épervier de novembre 2023